Dès les premières décennies de colonisation, en marge des fêtes burlesques et des cavalcades organisées par les colons, se déroulaient déjà des réunions festives d’esclaves de même origine ethnique se rassemblant par affinités linguistiques et culturelles. Se regroupant les samedis soirs et les dimanches après-midi jusqu’à l’aube du lundi, malgré les interdictions en vigueur, ces derniers célébraient jusqu’à la transe les chants et les rythmes spécifiques de leur terre d’origine. Interdites sous peine de mort dès le 4 mai 1654, puis par le Code Noir, ces « danses et assemblées de Nègres » dénoncées en 1740 par le procureur du roi puis prohibées en 1749 quand elles se déroulent sur le champ d’Arbaud ne semblent jamais s’interrompre. Au milieu du XVIIIe siècle, ces regroupements d’esclaves dénommés « nations » ou « puissances » composent avec le calendrier catholique romain dominant et profitent des fêtes chômées religieuses ou profanes pour s’exprimer en privé ou en public. Ils sont structurés en une hiérarchie formelle de membres élus dûment enregistrés et payant cotisations. Roi, reine, vice-reine, première, deuxième, troisième et quatrième demoiselle d’honneur, trésorier, secrétaire, porte-drapeau, maître de cérémonie comme généraux et soldats composent leurs rangs.